Jacques raconte

Episode no 1

Effet déclencheur

Dans le courant du mois d’août 1978, Claudine Baudois et Brigitte Wider, toutes deux jeunes mamans, se sont rencontrées dans le quartier d’Arruffens à Romont lors d’une promenade avec leur bébé (Nicole et Céline). Après avoir fait connaissance, elles ont notamment discuté au sujet des activités de leurs maris. Jacques Baudois était plutôt un adepte du vélo et Marcel Wider de la course à pied. Sur le plan professionnel, provenant de Fribourg, Marcel (24 ans) exerçait, à l’époque, la fonction de gendarme nouvellement rattaché au poste de gendarmerie de Romont et Jacques (25 ans) venait d’être promu inspecteur de sinistres auprès d’une compagnie d’assurances.

Avant de se quitter, Claudine et Brigitte ont comploté pour organiser une rencontre entre leurs maris pour une sortie à vélo du fait que Marcel venait de vendre le vélomoteur de son épouse pour s’acheter un vélo de course. Cette précision aura toute son importance : Jacques et Claudine occupaient l’appartement au troisième étage de la Condémine 3 et Marcel et Brigitte celui du premier étage de la Condémine 1.

Rte de la Condémine 1 et 3

Episode no 2

Premier défi

Le 15 août 1978, Jacques et Marcel, deux immigrés ayant trouvé refuge dans la banlieue romontoise, avec la complicité de leurs épouses, se sont donné rendez-vous devant l’immeuble de la Condémine,  pour une balade à vélo.  Cette sortie a constitué le premier ciment d’une sincère et longue amitié.

Au fil des kilomètres direction la Gruyère, Jacques et Marcel firent connaissance et échangèrent sur le vélo et la course à pied. Il faut dire qu’à cette époque, courir en était à ses balbutiements et constituait le seul objectif pour les adeptes, quasiment que des hommes, qui se préparaient pour la course commémorative de Morat-Fribourg.

Rejoints par leurs familles, la discussion s’est poursuivie lors du pique-nique dans le Gibloux et chacun a transmis à l’autre sa passion. A l’époque, la course à pied était pratiquée par des adeptes de la fameuse course Morat-Fribourg qui constituait un événement incontournable non seulement en terre fribourgeoise mais dans toute la Suisse. A la fin de la journée s’est dessiné un défi pour Jacques, celui de participer le 1eroctobre 1978 à son premier Morat-Fribourg. Immédiatement, Jacques et Marcel se donnèrent rendez-vous deux jours plus tard, soit le 17 août 1978, pour un premier entraînement : c’était le début de la préparation du 45ème Morat-Fribourg.

Pour Jacques, un ancien fumeur, après avoir parcouru quelques centaines de mètres, ce fut rapidement le calvaire avec une respiration désordonnée et surtout des jambes qui perdaient toute leur souplesse. Ce premier entraînement ne constitua pas une partie de plaisir mais donna suite à d’autres sorties toujours plus longues ; ceci à raison de deux séances par semaine jusqu’au grand jour.

Au matin du 1er octobre 1978, Jacques, qui ne cachait pas son appréhension de voir autant de coureurs, et Marcel, qui avait déjà participé à cette course, ont pris le départ ensemble pour effectuer, côte à côte, les 17,350 km séparant Morat de Fribourg en 1h 18’ 07’’ pour l’un et 1h 18’ 23’’ pour l’autre; ce qui constituait un excellent temps, surtout pour Jacques qui n’avait qu’un mois et demi d’entraînement. Ces exploits ne sont pas restés sans suite.

Jacques Baudois et Marcel Wider

Episode no 3

L’effet de contagion

Fascinés d’avoir participé à cette course incroyable, remportée par Markus Ryffel et Marijke Moser, dont l’arrivée avait été jugée à la rue St-Pierre depuis 1977 (jusqu’en 1995), Jacques et Marcel se sont donnés rendez-vous la semaine suivante pour un entraînement de récupération ; histoire de revivre cet événement fabuleux qu’ils ont vécu ensemble, un peu dans la douleur que l’euphorie a vite dissipée.

Rapidement, les séances d’entraînement se succédèrent, parfois le lundi, parfois le mardi et nos deux compères partaient chaque fois de la place de parc de la Condémine pour s’évader tout d’abord dans le quartier d’Arruffens puis dans les alentours de Romont. A l’issue de chaque sortie qui se terminait par une petite séance de récupération, Jacques et Marcel intriguaient quelques voisins, en particulier  Jean-Claude Rossier, Jean-Marie Currat et Albert Pochon (ami d’enfance). Ces voisins de palier, aux horizons divers, avaient déjà fraternisé avec Jacques depuis quelques années, notamment pour peller la neige en hiver ou encore taper dans le ballon sur la pelouse devant l’immeuble à la bonne saison.

De fil en aiguille, Jean-Claude, Jean-Marie et Albert se laissèrent convaincre de rejoindre les deux coureurs chaque semaine pour une séance d’entraînement. Dès la fin octobre 1978, chaque lundi soir, le petit peloton partait de l’immeuble pour une bonne heure d’entraînement dans le quartier d’Arruffens, sur le terrain herbeux de la Condémine durant l’hiver (pour préparer les cross) ou ailleurs. Au fil des sorties, les cinq coureurs se lièrent d’amitié et se fixèrent un objectif proposé par Jacques ; celui de participer au Cross d’Estavayer-le-Lac du 28 janvier 1979, organisé par le Sporting Club Broyard.

L’équipe s’agrandit !

Episode no 4

Premier contact avec la compétition

Le Cross d’Estavayer-le-Lac était, à l’époque, un rendez-vous important des coureurs à pied en guise de préparation de la nouvelle saison. Le parcours, composé d’une boucle à franchir à plusieurs reprises, était tracé dans une zone herbeuse, quelque peu boueuse, en périphérie de la ville, à l’ouest de la ligne de chemin de fer, au lieu-dit chemin des Marais.

Dimanche 28 janvier 1979, en fin de matinée, Jean-Claude, Jean-Marie et Jacques quittèrent Romont pour la cité de la Rose alors que le temps est froid et humide (Marcel absent pour des raisons professionnelles). Après un petit échauffement sur ce parcours particulièrement lourd, les coureurs romontois se joignirent au peloton constitué d’une centaine de coureurs. A peine le départ donné, après quelques dizaines de mètres, Jean-Claude, qui semblait ne pas pouvoir suivre le rythme effréné dicté par le peloton, se retourna et constata que seul Jean-Marie fermait la marche. Alors que Jacques parvint à terminer la course dans le peloton des poursuivants, Jean-Claude et Jean-Marie s’armèrent de courage pour terminer la course. Exténué, Jean-Claude se déroba après avoir effectué quelques tours tandis que Jean-Marie, à l’agonie couvert de boue, termina son calvaire en solitaire. Nous pouvions lire sur leurs lèvres : plus jamais ça ! Comble de malheur : ces vaillants coureurs n’eurent pas l’honneur de figurer dans la liste du classement…

Pour couronner cette première sortie officielle de la mini-équipe romontoise, nos valeureux coureurs reçurent de l’organisateur, en guise de récompense, une « tête de choco » (à l’époque « tête de nègre »). L’histoire ne dit pas si la mousse onctueuse et légère de ce produit Villars dégageait une certaine amertume !

Cette première (més)aventure vers les courses pédestres n’a pas refroidi les ardeurs des coureurs de la Condémine. Ils poursuivirent la pratique de la course à pied en participant fidèlement aux entraînements en vue de la première édition de la Kerzerslauf (15 km) du 10 mars 1979.

Pourquoi ne pas reprendre, à la lettre, le commentaire du livre d’or rédigé après la course :

Après un sérieux apprentissage, un certain 28 janvier 1979, la petite équipe de coureurs à pied emmenée par Jacques est Marcel n’a pas désespéré. Elle s’est présentée au départ d’une course de 15 km à Chiètres le 10 mars où  le sourire plus ou moins forcé d’avant le départ ne s’est pas à nouveau manifesté jusqu’au passage de la ligne d’arrivée qui fut franchie par Jacques, Marcel, Jean-Claude et Jean-Marie. Quant à Albert, pour cette première, il fut l’auteur de cette belle image.

Les jours, les semaines, les mois s’écoulèrent, les entraînements se multiplièrent et le niveau de chacun prit le chemin de la progression et du plaisir de courir. Un petit noyau d’adeptes de la course à pied prend forme : l’équipe de Romont naquit dans la bonne ambiance, la camaraderie et une amitié sincère. 

De la fierté sur la ligne !
Albert Pochon

Episode no 5

Après un printemps 1979 en apprentissage, voici l’automne décisif

Dopés par les performances de la Kerzerslauf, les entraînements ont redoublé d’intensité et sous l’impulsion de Jacques, la délégation romontoise, au complet, se présenta au départ de la Course pédestre populaire du Chalet-à-Gobet, longue de 18 km, du 28 avril 1979. Noyés dans un peloton de 230 athlètes, y compris une douzaine de dames, nos 5 coureurs découvrirent un parcours assez accidenté en partie en forêt en direction de Froideville, Cugy, Planches avant de revenir sur la grande place de parc où était érigée l’enceinte du départ/arrivée. L’après-course permit à chacun de se motiver pour la suite de la saison (Jacques 1h11’28’’, Marcel 1h16’10’’, Jean-Claude 1h19’43’’, Jean-Marie 1h34’05’’ et Albert 1h37’36’’).

Le 24 mai 1979, l’équipe romontoise prit le départ de la Course des 3 Ponts à Broc en franchissant la ligne d’arrivée dans le même ordre, sauf qu’Albert se hissa devant Jean-Marie à 3 secondes. Cette magnifique course (déjà à l’époque) permit à Thérèse Godel et Gisela Wattendorf de s’imposer dans la catégorie des dames. Après la course, toute l’équipe profita du beau temps pour prendre un pique-nique bien mérité avec leurs familles accourues en spectateurs.

Durant l’automne 1979, avec courage mais autant de plaisir, les cinq pionniers allèrent avec beaucoup de réussite et de satisfaction se présenter au départ de nombreuses courses ici et là. Jacques et Marcel terminèrent  aux 92 et 128 ème rangs du Trophée des Paccots (330 classés) du 2 septembre avant de récidiver au 58ème Tour de Lausanne le 23 septembre avec Albert et Jean-Marie qui profitèrent, grâce à un balisage déficient, d’écourter leur pensum de quelques hectomètres.

Dimanche 7 octobre 1979, ce fut le verdict d’une saison bien chargée avec la participation à la Course commémorative de Morat-Fribourg. Si Jacques et Marcel avait déjà vécu cette expérience l’année précédente, Jean-Claude, Jean-Marie et Albert vécurent leur première aventure sur ce parcours très exigeant de la plus ancienne et la plus importante course pédestre de l’époque. Côté résultat, grande satisfaction avec Jacques en 1h09’56’’, Marcel en 1h10’49’’, Jean-Claude en 1h22’22’’, Albert en 1h34’01’’ et Jean-Marie en 1h35’04’’.

L’après-course fut couronnée d’un excellent repas préparé par les parents de Brigitte Wider à Bourguillon, moment très convivial qui permit de revivre mais surtout de fêter cette formidable aventure dans l’euphorie.

À peine remis de toutes ces émotions, les cinq amis de la course à pied participèrent à la 2ème Course Payerne-Romont (17 km et 350 m dénivellation) pour améliorer les performances de Morat-Fribourg et surtout vivre une arrivée en cité romontoise dans l’ordre suivant : Jacques 1h08’25’’, Marcel 1h12’22’’, Jean-Claude 1h20’32’’, Albert 1h30’05’’ et Jean-Marie 1h32’44’’.

La fin de la saison permit aux mousquetaires de se joindre au peloton du 3ème Trophée de la Vallée du Flon le 4 novembre et à celui de la 4ème édition de la  Corrida Bulloise du 24 novembre en respectant les ordres d’arrivées pour terminer l’année le 7 décembre à la 3ème édition A Travers Payerne.

Episode no 6

Naissance du Club Athlétique Condémina (CAC)

Premier Logo du CAC Romont

Durant l’automne 1979, les coureurs de la Condémine participèrent à diverses courses régionales qui laissèrent des souvenirs mémorables. Albert et Jean-Marie se souviendront encore longtemps d’avoir risqué un raccourci A Travers Lausanne, Jean-Claude marqua sa présence par ses grandes chaussettes rouges jusqu’à hauteur des genoux, Marcel pour sa nomination officieuse de « gendarme à mi-temps en raison de ses activités sportives intensives et Jacques pour avoir eu les jambes coupées après avoir franchi le premier tour A Travers Payerne en tête du peloton.

A l’issue d’une saison chargée, les compères, toujours assidus aux entraînements, eurent droit à un trait de caractère :

Marcel : caractère d’acier à l’entraînement, Poulidor du classement CAC, Marcel fut l’un des pionniers de l’ère avant CAC. Il communique la fièvre au fil des mois, autour de lui.

Marcel

Albert : caractère discret, il doit parfois illustrer effort avec un grand E pour parvenir à l’accomplissement de l’objectif CAC.

Albert

Jean-Claude : caractère généreux et ambitieux, Jean-Claude a qualité de membre assidu malgré ses tâches professionnelles relativement lourdes.

Jean-Claude

Jean-Marie : caractère charmeur pour ces dames ou plus justement le bonheur de ces dames, il est l’athlète « le bien-aimé » du CAC.

Jean-Marie

Jacques : caractère soucieux, actuel leader du classement CAC, Jacques sut convaincre son entourage à son sport favori pour les rassembler sous le sigle CAC.

Jacques

L’amitié, la complicité, la convivialité s’emparèrent des amis de la Condémine contaminés par le virus de la course à pied. Sur convocation de Jacques, le team complété par l’arrivée de Gérard Chammartin, se réunit le samedi 1er mars 1980 à 19.30 heures au domicile de Jean-Marie en assemblée constitutive du CAC (Club Athlétique Condémina). Le projet de statuts préparé par Jacques fut acclamé, les cotisations fixées à CHF 20.00 pour les membres fondateurs et à CHF 50.00 pour les nouveaux membres et le comité se constitua avec Jacques à la présidence, Jean-Marie au secrétariat et à la caisse et Marcel à la responsabilité technique.

Les fondateurs

Après l’assemblée, tous les membres fondateurs rejoignirent leurs épouses chez Marcel et Brigitte qui avaient préparé un buffet froid ainsi qu’un magnifique gâteau avec décoration de circonstance pour fêter dignement la naissance du Club Athlétique Condémina Romont (CAC Romont).

Episode no 7

Première sortie à vélo

Fiers d’avoir fondé leur club, les athlètes de la Condémine retournèrent à Chiètres le 22 mars 1980 pour participer à la 2ème Kerzerslauf dans un imposant peloton de 675 participants. Cette course qui connut un succès grandissant fut remportée par une légende de la course à pied : Albrecht Moser en 40’20’’, devant Toni Funk à 11 secondes. Chez les dames, la victoire sourit à Ingrid Graf en 59’25’’. Côté CAC Romont, Jacques occupa  le 118ème rang en 57’59’’, Marcel le 163ème en 1h 00’00’’, Jean-Claude (Rossier) le 332ème rang en 1h 06’57’’, Albert (Pochon) le 504ème rang en 1h 15’46’’ et Jean-Marie (Currat) le 558ème rang en 1h 20’10’’. Après la course, toute l’équipe se donna rendez-vous au restaurant de la Gare à Domdidier (exploité par Félix,  oncle de Marcel) pour partager un repas de convivialité ; ce qui deviendra une tradition durant de nombreuses années.

Jacques et Marcel poursuivirent leur mano à mano en participant tout d’abord  à la Course pédestre populaire du Chalet-à-Gobet du 27 avril 1980 (18 km) en se classant respectivement au 37ème rang (1h 10’26’’) et 59ème rang (1h 12’40’’), suivis d’Albert en 1h 30’33’’ et Jean-Marie en 1h 36’50’’.

Le week-end suivant, les deux compères participèrent à leur première course de montagne, Montreux – Les Paccots, sur une distance de 18,5 km, avec 650 m de dénivellation. Sur 276 participants, Jacques obtint le 68ème rang avec 1h 19’27’’ et Marcel le 70ème rang avec 1h 19’33’’. A noter que les trois premières places furent occupées par Max Little (Australie) en 1h 02’38’’, Anton Gorbunow (Allemagne) en 1h 04’30’’ et Daniel Maxsom (Angleterre) en 1h 04’39’’. Il est vrai qu’à l’époque, les courses pédestres organisées en Suisse, en particulier les courses de montagne, étaient très convoitées par les étrangers.

Durant la première moitié de l’année 1980, les athlètes du CAC ont connu des fortunes diverses à la 6ème Course des 3 Ponts du 15 mai, au 5’000 m sur piste au stade de Bouleyres le 23 mai, à la 20ème Waldlauf Bern – Bethlehem du 31 mai ou encore à la Course sur route de Belfaux du 22 juin.

Dans sa deuxième séance du 26 mai 1980, le comité, composé de Jacques (président), Marcel (organisation externe) et Jean-Marie (secrétaire-caissier), décida d’organiser une sortie à vélo fixée au 5 juillet 1980, en souhaitant qu’elle puisse avoir lieu chaque année. Dans le procès-verbal, il est mentionné notamment :

  • le but de la course doit rester secret ;
  • le départ aura lieu devant l’immeuble de la Condémine 3 à 08.30 heures précises ;
  • la tenue sera, si possible, celle d’un coureur cycliste ;
  • 25 km sont à parcourir avec décontraction ;
  • course chronométrée « contre la montre »  d’environ 5 km avec départ et arrivée au même endroit ;
  • ensuite 10 km sont à parcourir en peloton ;
  • 2 km comptant pour le grand-prix de la montagne devront être accomplis par nos vaillants cyclistes ;
  • à l’arrivée, on déposera les bécanes et l’on participera à un jeu et ceci, sans que la montre ne s’arrête ;
  • enfin, lorsque les esprits se seront quelque peu calmés, une épreuve athlétique dite de rattrapage sera organisée.
  • Le classement final sera établi de la manière suivante : temps course contre la montre + temps grand-prix de la montagne + ou – bonification suivant le classement de l’épreuve spéciale

Les organisateurs Jacques et Marcel remirent le challenge (channe en étain à gagner définitivement après 3 victoires) à Jean-Marie Chollet qui remporta cette première édition devant Gérard Chammartin et Jean-Marie Currat.

Cette première sortie permit aux fondateurs du club de passer un moment de détente très apprécié avec leurs familles au cours d’un pique-nique sur les hauteurs des Sciernes d’Albeuve. Cette journée permit aussi au nouveau venu, Louis Geniat (qui nous a quitté l’année dernière) de s’intégrer dans le club et à tous les actifs de présenter le premier maillot  blanc du CAC avec logo, sponsorisé par Benoît Sport Romont, magasin d’articles de sport qui a disparu il y a longtemps. Cet équipement marqua un moment très important de la vie du club puisqu’il symbolisa l’appartenance à une équipe de coureurs à pied qui cultiva la pratique de ce sport dans l’amitié tout en privilégiant l’harmonie du sport avec l’environnement social.

Episode no 8

Fin de saison 1980 chargée !

Les coureurs de la Condémine, dopés par cette magnifique sortie à vélo, poursuivirent les entraînements avec une certaine assiduité dans l’optique de participer à la course aussi légendaire qu’appréhendée : Morat Fribourg du 5 octobre 1980. Fière de représenter le CAC, toute la bande, ou presque, participa à cette course légendaire et chacun s’est imprégné des vives sensations de cette course aussi éprouvante que fabuleuse. Pour cette édition, Nicolas Fasel, Jean-Luc Dénervaud et Bobbi Beutler, tous romontois, vinrent renforcer l’équipe du CAC qui eut le plaisir, après l’effort, de déguster, avec les familles, le succulent jambon préparé par Marcel et Brigitte dans la cabane forestière de la Montagne de Lussy. Cette journée inspira Jean-Marie Currat suite à son premier Morat-Fribourg : En ce jour du Seigneur qui nous a permis de nous rencontrer pour fraterniser dans l’effort et renforcer une amitié que je souhaite la plus longue possible.

Côté performance : Jacques 1h 07’13’’, Marcel 1h 11’41’’, Joseph Gisler 1h 21’06’’, Jean-Claude Rossier 1h 21’22’’, Jean-Marie Chollet 1h 14’18’’, Albert Pochon 1h 28’03’’, Louis Gueniat 1h 29’34’’, Jean-Louis Joner 1h 29’53’’.

Lors de la séance du comité du 22 octobre 1980, Albert et Jean-Claude proposèrent l’introduction d’amendes aux membres empêchés de participer aux entraînements. L’expérience démontrera rapidement que les initiateurs de cette sanction déchantèrent lorsqu’ils durent payer la facture. Après 40 séances d’entraînement, Albert dut s’acquitter d’une amende de 85 francs pour 17 absences et Jean-Claude de 50 francs pour 10 absences. Pas la peine de souligner que cette disposition fut rapidement abrogée sur injonction des personnes qui l’avaient exigée.

Le CAC prit régulièrement de la bouteille et dut rapidement faire face à de nombreuses demandes d’adhésions. Ces requêtes étaient soigneusement analysées. En compulsant certaines archives, j’ai retrouvé un formulaire relatif à la demande d’adhésion sur laquelle les membres devaient impérativement répondre aux questions suivantes : Je m’oppose à cette adhésion : oui / non, je suis favorable à cette adhésion : oui / non, après un temps d’essai : oui / non, autres remarques.

Le 26 octobre 1980, les athlètes du CAC ne manquèrent pas de participer à la course Payerne – Romont, course revanche du Morat-Fribourg telle que l’ont préconisé certains journalistes sportifs (même longueur et mêmes difficultés). Cette course permit à l’ensemble des membres du CAC d’améliorer leurs résultats avec Jacques meilleur romontois et vainqueur de la coupe du même nom (citation de Jean-Marie Currat).

La saison se termina par la participation de 8 athlètes du CAC au 4ème Trophée de la Vallée du Flon du 2 novembre 1980 dans la campagne de la Veveyse où s’invitèrent une bise sibérienne et du brouillard à « brouiller » les pistes. La dernière épreuve officielle prévue au programme du CAC emmena les coureurs romontois à la Corrida bulloise le 29 novembre 1980, sur un parcours recouvert d’une belle quantité de neige. Dans le livre d’or, Jean-Claude Rossier dévoila une première qui restera à jamais une exception : il faut dire que notre ami Marcel, souffrant quelque peu de l’absence de Jacques (au service militaire) abandonna au deuxième tour quelque peu découragé par ses nombreuses glissades.

En cette fin d’année, sur proposition du comité, la décision fut prise d’instaurer une trêve hivernale en suspendant l’entraînement du 1er décembre au 31 janvier pour permettre aux valeureux coureurs de prendre un repos en s’inspirant de cette maxime : progresser, c’est aussi se reposer mais aussi recréer l’envie et la motivation.

Episode no 9

Adhésion à la Coupe du journal La Gruyère

Durant l’année 1980, Jacques participa à plusieurs courses en Gruyère comptant pour la coupe gruyérienne, s’autorisant ainsi une exception puisque ce classement concernait uniquement les membres des clubs du district de la Gruyère. Au classement final de la coupe gruyérienne 1980, remporté par Pierre-André Gobet de la SFG Bulle devant Michel Marchon (SFG Broc) et François Pittet (SC Bouloz), Jacques occupa le 15ème rang sur 48 avec 177 points.

La Coupe gruyérienne a été créée en 1977 par le Sporting Athlétisme Bulle et par les FSG de la Gruyère sur une idée de Pierre-Noël Bapst et Maurice Perrinjaquet. Elle a pour idéal de promouvoir la pratique de la course à pied dans le sud du canton de Fribourg comme sport pour tous et comme sport de compétition.

Fort de cette magnifique expérience vécue en 1980, le président Jacques organisa une assemblée extraordinaire du CAC qui réunit 9 membres (un seul excusé) le 19 janvier 1981. A l’ordre du jour de cette assemblée, les membres durent prendre une décision importante, celle d’introduire le CAC dans le giron de la coupe gruyérienne, non sans certaine réticence de la part de ceux qui voyaient leurs habitudes se modifier.

Voici l’intégralité du procès-verbal rédigé par Jean-Marie :

La séance débute à 20 heures 20 par une entrée en matière exposée par notre président sur la participation éventuelle du CAC à la coupe gruyérienne. Coco (Jean-Claude Rossier) se fait le porte parole des membres qui ont une certaine crainte de voir multiplier le nombre des courses aux quelles les membres du club devraient se soumettre. Sur ce point, Jacques pense qu’il y aura lieu d’accentuer notre participation sur des courses prévues dans la coupe gruyérienne et de laisser tomber d’autres courses auxquelles nous étions déjà habitués. Le programme des courses sera choisi à l’assemblée générale.

Cette inscription à la coupe gruyérienne est finalement acceptée à l’unanimité et ce en laissant à chaque membre l’entière liberté de s’y inscrire.

Au cours de cette assemblée, Jacques et Marcel soulevèrent l’idée d’organiser une course CAC et celle de revoir l’effectif des membres (bloqué encore à 10). L’esprit d’ouverture s’installa gentiment dans les rangs du nouveau club romontois de course à pied. Ces deux points seront intégrés dans l’ordre du jour de la prochaine assemblée générale programmée le 16 février 1981.

Cette assemblée extraordinaire permit aussi de soulever les points suivants :

° reprendre l’organisation du Tour des Remparts : en principe négatif
° revoir le problème des amendes lors de la prochaine assemblée

Episode no 10

Première tentative de forcer le verrou du club fermé et première Course en Forêt

Les 10 athlètes du CAC furent conviés à l’assemblée générale du 16 février 1981 afin de se prononcer, notamment,  sur l’adhésion de nouveaux membres. La question fut largement débattue et permit à de nombreux participants de prendre la parole. Voyez plutôt les interventions relatées dans le procès-verbal :

  • Coco (Jean-Claude) est partisan de rester à 10 membres, éventuellement de passer à 12 car une augmentation de l’effectif suscitera trop de contraintes lors des sorties familiales ;
  • Louis (Gueniat) est également favorable à cette idée et il pense qu’il sera toujours difficile de réunir tout le monde. Louis propose de faire éventuellement un essai avec un plus grand nombre de membres et rejoint de facto les idées émises par Coco ;
  • Jo (Gisler) rejoint également les idées précédentes ;
  • Gérard (Chammartin) est également du même avis et estime que ce point devrait être précisé dans les statuts. Il propose que des sportifs pourraient s’entraîner avec le club pendant une année, à titre d’essai, avant de faire partie du club ;
  • Par contre, Jean-Marie II (Chollet) aimerait que notre exemple permette d’attirer certains jeunes qui auraient la possibilité de s’entraîner avec le club.
  • Jean-Louis (Joner) rejoint également les idées précédentes. Il s’agit selon lui de respecter l’idée q ui est à la base de la fondation du club.

Finalement, cette question fut simplement renvoyée aux calendes grecques.

L’assemblée revint sur la question des amendes pour les supprimer et prit la décision d’acheter le premier équipement sous forme de training et de se séparer de Gérard Chammartin qui dut mettre un terme à sa carrière de coureur à pied en raison de problèmes à un genou.

Comment vous décrire cette formidable ambiance qui régnait au CAC ? Comment manœuvrer pour faire place à la liste d’attente de toutes les demandes d’adhésion ? L’ambiance fut vraiment amicale et chaleureuse et les coureurs du CAC éprouvèrent la joie de se rencontrer que ce soit lors des entraînements et des courses durant toute l’année. Quant au vœu du comité d’ouvrir le CAC à toutes personnes souhaitant y adhérer, ce ne fut que partie remise, histoire de trouver le moyen de convaincre la majorité des membres.

Le 28 septembre 1980, quelques adeptes du CAC participèrent au test Morat-Fribourg organisé par Bouna (Bernard Struby) et le CAF. Une vingtaine de coureurs s’élancèrent ainsi sur les 4 boucles du sentier Grutli. Ainsi, mûrit petit à petit, durant des semaines et des mois, l’idée de mettre sur pied une course pédestre organisée par le CAC. Des discussions d’échelonnèrent au cours de rencontres (entraînements, courses) si bien que, finalement, alors même que certaines démarches avaient déjà été entreprises par les deux compères Jacques et Marcel, le projet fut porté devant l’assemblée extraordinaire du 10 août 1981. A l’unanimité, les membres du CAC laissèrent les mains libres aux fervents promoteurs qui s’engagèrent corps et âme pour l’organisation de la 1ère Course en forêt fixée au 27 septembre 1981. Très vite, ils s’adonnèrent à repérer un parcours à la Montagne de Lussy sans oublier de s’enquérir de conseils de plusieurs spécialiste. Dès que le parcours pour les catégories « élites », vétérans, juniors et dames de 14,7 km et celui pour les dames populaires et enfants de 4,3 km furent arrêtés, Marcel prit les devants sur le plan technique (parcours à la Montagne de Lussy, autorisation avec l’armée, ravitaillement) et Jacques sur le plan administratif (libretto, chronométrage Louis Gueniat, résultats, invitations).

Le libretto-programme de 16 pages avec 19 clichés publicitaires, préparé par Jacques et Claudine, mentionna : dernier test avant Morat- Fribourg et la plume du président Jacques s’exprima comme suit sur la première page intérieure : Fondé il y a juste un an, par une équipe de copains amoureux du même sport, notre club, baptisé CAC Romont, a déjà pris l’initiative d’organiser une cours à pied dans cette région merveilleuse qui est la Montagne de Lussy. Grâce à la bonne volonté de chaque membre et aux judicieux conseils de quelques personnes expérimentées, nous pouvons assurer à chaque coureur que nous avons tout mis  en œuvre pour qu’ils gardent de cette première édition un très bon souvenir. Cette course, nous l’avons intitulé dernier test avant Morat-Fribourg. Dans cette optique et avec comme objectif principal de ne pas trop vous faire souffrir, nous avons opté pour un parcours très peu accidenté à 90 % en forêt et sans trafic routier. Ayant pu compter sur de très nombreux et généreux donateurs, que nous tenons vivement à remercier, nous sommes à même d’offrir une planche de prix exceptionnelle comprenant notamment deux magnifiques challenges.

Cette 1ère Course en forêt avec une participation de 150 athlètes, hommes, dames et enfants, remporta d’emblée un véritable succès qui incita les précurseurs Jacques et Marcel à persévérer. L’honneur de la victoire sourit pour cette première édition à Michel Marchon de la SFG Broc en 48’37’’ et à Helen Eschler-Leuenberger de la STB en 58’52’’. Afin de faciliter le classement, chaque coureur disposait d’un dossard sur lequel était agrafé un petit billet portant le numéro du dossard. Les personnes qui se chargeaient du chronométrage manuel à l’arrivée détachaient le billet qui était scrupuleusement planté dans un clou. Ensuite, chaque billet devait correspondre au temps inscrit sur une bande par le chronomètre actionné manuellement lors de chaque passage de coureur.

Dans la semaine qui suivit la manifestation, aussi bien La Liberté que La Gruyère prirent la peine de faire un commentaire élogieux sur la 1er Course en forêt organisée par le CA Condémina de Romont.

Episode no 11

Un nouvel élan au sein du CAC qui devient CARC

Le CAC grandit, affrontant déjà les convoitises de nombreux adeptes de la course à pied. Depuis quelques années, les Jacques, Marcel, Jean-Claude, Albert, Jean-Marie, Philippe, Jean-Marie (Chollet) et Gérard (Chammartin) ne désarmèrent pas et poursuivirent inlassablement leur action en faveur de la course à pied par leur assiduité aux entraînements et l’euphorie de participer aux différentes courses régionales et d’ailleurs.

Après toutes ces tergiversations, la grande décision tomba le 5 février 1982 lorsque l’assemblée générale ordinaire du CAC accepta à l’unanimité de dissoudre le CAC pour donner naissance au nouveau Club Athlétique Romont Condémina (CARC). La lecture du procès-verbal tenu par Jean-Marie (Currat) cite la présence de tous les membres, à savoir : Jacques Baudois, président, Jean-Marie Currat, secrétaire, Marcel Wider, membre du comité, Philippe Boyer, Gérard Chammartin, Jean-Marie Chollet, Joseph Gisler, Louis Gueniat, Jean-Louis Joner, Albert Pochon et Jean-Claude Rossier.

Le premier objet à l’ordre du jour permit à l’unanimité des membres d’adhérer au projet de collaboration entre CAC et la SFG Romont, avec tout de même quelques réticences : l’accent doit être porté sur la course à pied (Gérard, Albert, Jean-Claude et Jean-Marie), sans organisation de loto (Joseph et Jean-Claude).

Après avoir défini le calendrier des courses en 1982, le président leva la dernière assemblée à 22.00 heures.

Assemblée constitutive du Club Athlétique Romont Condémina du 5 février 1982

Sous la présidence de Jacques Baudois, l’assemblée constitutive débuta à 22.00 heures avec seul point à l’ordre du jour : fondation du Club Athlétique Romont Condémina (CARC) avec élection des membres du comité et fixation des cotisations.

D’une même voix, les membres de la nouvelle société acceptèrent, après un débat nourri, d’ouvrir la porte à quiconque, hommes et femmes, désireux d’adhérer au CARC en respectant les buts fixés dans les nouveaux statuts : Le club poursuit les mêmes buts que la FFA, à savoir développer, encourager et diffuser la pratique de l’athlétisme et de la course à pied dans le sud du canton de Fribourg. Le CARC vise aussi la formation de la jeunesse par la pratique régulière du sport et l’apprentissage de la compétition.

Nouveau comité :

Jacques Baudois, président
Marcel Wider, responsable technique
Jean-Marie Currat, secrétaire
Philippe Boyer, caissier
Philippe Deillon, coordinateur CARC – FSG

Cotisations :

Finance d’entrée : CHF 20.00
Cotisation annuelle : CHF 120.00
Cotisation apprenti(e)s et étudiant(e)s : CHF 60.00

A l’issue de cette assemblée qui dura 13 minutes, avant de faire place à la soirée « raclette » offerte par Jean-Claude, au domicile de Jean-Louis et Lisbeth Joner, les vaillants sociétaires du nouveau CARC entonnèrent la danse du CAC sur l’air de La danse des canards conçue avec beaucoup de sensibilité et de créativité par l’artiste attachant du club Joseph Gisler (photos). Durant cette même soirée, l’ambiance grandissante permit aussi de fêter les 30 ans de celui qui avait pris son bâton de pèlerin pour apporter la première pierre à l’édifice de la fondation du CAC et du CARC.

Pour terminer cet épisode, je ne peux m’empêcher de reprendre un texte que Jean-Marie (Chollet) avait écrit au soir du 5 février 1982 : « Heureux du nouvel essor pris par le CAC pour promouvoir le sport athlétique à Romont, je remercie le comité et le président pour son travail et son dynamisme. Je souhaite sincèrement qu’au sein du nouveau CARC l’ambiance restera toujours celle qui était recherchée par les fondateurs du feu CAC ».